NBC n’en voulait plus. Trop “sombre” et trop “cru” pour continuer à occuper la case du vendredi soir (pourtant de loin la moins bonne), aurait expliqué la chaîne à John Wells et Ann Biderman, les créateurs de Southland. Sept épisodes diffusés l’an passé avaient laissé un petit goût d’inachevé, mais ils avaient suffi à créer un sentiment de curiosité et d’attente alors que de grosses incertitudes planaient sur la saison 2. Au terme de plusieurs semaines d’atermoiements, et bien que six nouveaux épisodes (contre 13 commandés initialement) aient été mis en boîte, NBC décidait en octobre de renoncer au projet laissant Wells (Urgences, The West Wing) un rien désabusé et amer. La chaîne câblée TNT décidait en novembre de reprendre le flambeau, mais on ignore si cet excellent drame policier pourra aller au-delà des six semaines de sursis qui lui ont été accordées.
.
Dans sa décision (que l’on peut juger regrettable), la chaîne au paon n’avait pas totalement tort. Dans le paysage télévisuel américain d’aujourd’hui, Southland semble plus destiné au câble qu’à un grand network. C’est superbement réalisé, le rythme est haletant et presque sans temps morts, les personnages sont tous dysfonctionnels et l’on évite quelques stéréotypes trop évidents. Cela n’a évidemment pas la profondeur de The Wire, et cela n’est pas tout à fait aussi palpitant que The Shield, mais on sent qu’il existe un véritable potentiel à creuser une nouvelle fois le sillon du LAPD.
La caméra sans cesse en mouvement suit la routine de trois équipes. John Cooper (Michael Cudlitz) et Ben Sherman (Ben McKenzie) sont des flics en uniforme qui patrouillent dans les rues de Los Angeles et répondent aux appels du répartiteur du 911. Nate Moretta et Sammy Bryant sont des enquêteurs en civil au département des homicides. Lydia Adams (Regina King) est l’une des meilleures détectives en exercice et a perdu son partenaire Russell Clarke (Tom Everett Scott), blessé lors d’une fusillade. Clarke est remplacé (temporairement) par Rene Cordero (Amaury Nolasco) qui a fait jouer quelques pistons pour être affecté auprès de la célèbre inspectrice. Les flics de Southland ne sont pas nourris à la testostérone comme ceux de la Strike Team de Vic Mackey. Aucun d’eux n’est véritablement un héros. Il s’agit plutôt de gars ordinaires qui essaient de faire leur boulot et dans la mesure du possible de ne pas le faire trop mal.
Ils sont confontés avec la délinquance quotidienne et presque banale, et s’ils éprouvent (encore) sincèrement de la sympathie pour les victimes, on sent une forme de lassitude née d’une trop grande répétition du spectacle de la violence et de la misère humaine. Southland possède un réel potentiel pour capter un public, mais c’est peut-être à ce point que la série trouve sa limite. Elle n’explore rien d’autre que la vie des trois tandems de flics. Elle ne s’aventure pas parmi les malfrats, elle ne tourne pas (sinon brièvement) les projecteurs sur le fonctionnement de l’administration et de la hiérarchie, non plus que sur les relations avec le pouvoir politique. En fait, chaque duo est abandonné à ses problèmes qui donnent l’impression de tourner en vase clos. Il n’y a pas de ramifications, non plus de croisements avec les difficultés que rencontrent leurs collègues et qui se développent en parallèle.
La principale qualité tient au contrepoint que chaque tandem propose aux autres. Cudlitz et McKenzie sont tout à fait convaincants dans leur relation “vétéran/rookie”. John Cooper est là pour enseigner à son jeune partenaire qu’il vaut mieux laisser ses illusions aux vestiaires lorsque l’on sort dans la rue. Ben Sherman, fils de famille aisée, est d’accord pour apprendre à la dure car il considère que seules les épreuves lui apporteront la reconnaissance qu’il recherche et qu’il estime mériter. Ce déséquilibre apparent est en fait en partie compensé par les problèmes physiques de Cooper qui fait tout son possible pour masquer ou minimiser ses faiblesses. On est dans un univers d’hommes, et il tient d’autant plus à coller à cette image de dur au mal que certains de ses collègues ont tendance à l’oublier.
Si Cooper est un bon flic à cause de ses préjugés, Adams excelle également dans ce qu’elle fait grâce à son intuition, son flair et son intelligence. Elle est l’incarnation de la femme afro-américaine qui a embrassé avec succès les codes d’une administration principalement dominée par les Blancs. Sa force de caractère, et sa conviction qu’elle peut aider à améliorer les choses, lui ont permis de trouver sa place, mais cela ne s’est fait qu’au prix de certains sacrifices. L’arrivée d’Amaury Nolasco n’est pas nécessairement un cadeau. L’ancien compagnon de cellule de Michael Scofield traîne avec lui l’image de Prison Break qui ne cadre pas tout à fait avec une histoire qui se veut ici nettement plus réaliste.
Enfin, Moretta et Bryant viennent jouer en second rideau et complètent le tableau pour en faire un triptyque. Leur ton est volontiers plus raisonneur et plus assuré. Ils nourrissent, sans l’avouer clairement, une forme de sentiment de supériorité à l’égard des patrouilleurs en uniforme. Ils symbolisent le premier échelon dans la hiérarchie et l’ambition en devenir. Leurs personnages mériteraient d’être développés plus avant, de même que celui de Chickie Brown (Arija Bareikis) qui rêve d’être la première femme à intégrer les unités de la SWAT.
Contrainte de se réfugier sur le câble, il n’est pas tout à fait certain que Southland réussisse à trouver sa place sur la grille de la TNT aux côtés de séries bien différentes comme The Closer, Dark Blue ou encore Saving Grace. Le premier épisode est visible sur le site de la chaîne.
" target="_blank">promos04